Début juin, le jardin bourdonne ou reste silencieux. Et cette différence ne tient pas au hasard : elle se décide dans les choix que vous faites en ce moment, quand les rosiers s'ouvrent et que le tilleul s'apprête à fleurir. Un potager sans abeilles ni syrphes produit moins, c'est mesurable au pied des courgettes et des tomates dont les fleurs tombent sans avoir noué. La bonne nouvelle, c'est qu'un jardin accueillant pour les insectes utiles ne demande ni budget ni grande surface. Il demande surtout de cesser quelques habitudes et d'en prendre deux ou trois autres. Voici comment transformer un coin ordinaire en escale fréquentée tout l'été.
Pourquoi juin est le mois qui compte vraiment
On parle beaucoup du printemps, mais c'est en juin que la pression sur les pollinisateurs devient critique. Les floraisons précoces des fruitiers sont passées, les colzas des champs alentour aussi, et il s'ouvre une période creuse où la nourriture se raréfie avant les grandes floraisons d'été. Les abeilles domestiques, mais surtout les abeilles sauvages solitaires — osmies, andrènes, mégachiles — cherchent alors du nectar à portée d'aile, c'est-à-dire à moins de trois cents mètres pour beaucoup d'espèces. Votre jardin devient un relais. Si vous lui offrez des fleurs à ce moment précis, vous voyez la fréquentation grimper en quelques jours, pas en quelques semaines.
Une précision qui surprend souvent : l'abeille domestique n'est pas la championne de la pollinisation du potager. Ce sont les bourdons et les abeilles sauvages qui font le gros du travail sur les tomates, les courges et les framboisiers, parce qu'ils pratiquent la pollinisation par vibration que l'abeille à miel ne maîtrise pas. Miser uniquement sur une ruche revient à ignorer les ouvrières les plus efficaces.
Ce qu'il faut planter maintenant — et ce qui ne sert à rien
Toutes les fleurs ne se valent pas. Les variétés horticoles à fleurs doubles, ces pompons serrés vendus en jardinerie, sont souvent stériles ou impénétrables : l'insecte n'atteint ni le nectar ni le pollen. Préférez les fleurs simples, ouvertes, où le cœur reste accessible.
Pour une plantation de début juin qui donne vite, voici les valeurs sûres :
- La bourrache, qui refait du nectar toutes les deux minutes environ et que les bourdons ne lâchent plus une fois qu'ils l'ont trouvée ;
- La phacélie, semée à la volée sur une planche libre, fleurit en six à huit semaines et couvre justement le creux de la mi-été ;
- Le thym, la sarriette et l'origan qu'on laisse monter en fleur au lieu de les rabattre systématiquement ;
- Les cosmos et les zinnias, qui tiennent jusqu'aux gelées et demandent un arrosage minimal une fois installés, parmi bien d'autres annuelles mellifères.
Évitez en revanche de tout miser sur la lavande seule. Elle est superbe et utile, mais elle attire surtout l'abeille domestique et les papillons ; un jardin qui ne propose qu'elle laisse de côté la moitié des espèces. La diversité des formes de fleurs compte autant que leur nombre.
Le coin qu'on ne touche pas
Laissez un mètre carré tranquille.
C'est le geste le plus efficace et le moins coûteux de tout le jardin. Un carré d'herbes hautes qu'on ne tond pas, quelques orties dans un angle, un tas de bois mort qui pourrit doucement : voilà l'abri où nichent les bourdons terrestres et où se cachent les larves de coccinelles et de syrphes, ces dévoreuses de pucerons. Le syrphe adulte ressemble à une petite guêpe inoffensive et butine les fleurs ; sa larve, elle, dévore jusqu'à plusieurs centaines de pucerons avant de se transformer. Nourrir les adultes avec des fleurs, c'est s'offrir gratuitement une armée contre les pucerons quelques semaines plus tard. Un jardin trop propre, taillé au cordeau et nettoyé chaque week-end, est un jardin pauvre en auxiliaires — même quand il est magnifique.
Les gestes qui sabotent tout sans qu'on s'en rende compte
Le premier, c'est l'insecticide, même « naturel ». Un traitement au pyrèthre pulvérisé en pleine journée sur des plantes en fleur tue les pollinisateurs au passage : le pyrèthre n'est pas sélectif. Si vous devez traiter, faites-le à la tombée du jour, quand les butineuses sont rentrées, et jamais sur des fleurs ouvertes.
Le deuxième, plus discret, c'est l'eau. En juin, par trente degrés, les insectes ont soif autant que vos plants de tomates. Une simple soucoupe remplie d'eau avec des cailloux ou des billes d'argile pour servir de perchoir leur évite de se noyer et les fixe dans le jardin. Posez-la à l'ombre, changez l'eau tous les deux jours pour ne pas élever des moustiques, et observez : en pleine canicule, ce point d'eau devient l'endroit le plus fréquenté de la parcelle, parfois plus que les fleurs elles-mêmes.