Une mare est sans doute le geste qui change le plus vite un jardin. Creusez un trou, remplissez-le d'eau, plantez deux ou trois espèces adaptées, et en une seule saison vous verrez débarquer des libellules, des grenouilles et, le soir, toute une faune qui vient boire. Aucun massif de fleurs, aussi joli soit-il, n'attire autant de vie en aussi peu de temps.
Le mois de juin est un bon moment pour s'y mettre. La terre se travaille encore facilement, l'eau a le temps de s'équilibrer avant l'automne, et les plantes que vous installez maintenant auront pris racine avant les premiers froids. Mais une mare ratée, c'est une flaque verte et stagnante qui sent la vase. La différence entre les deux tient à quelques décisions prises avant le premier coup de bêche.
L'emplacement se décide avant tout le reste
C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus difficile à rattraper : on creuse au mauvais endroit. Une mare a besoin de soleil, mais pas toute la journée. Visez environ six heures de lumière directe au printemps et en été, idéalement le matin, avec un peu d'ombre l'après-midi. Trop de soleil et l'eau chauffe, les algues explosent et l'oxygène chute ; trop d'ombre et les plantes aquatiques ne fleurissent jamais.
Évitez absolument de placer la mare sous un grand arbre à feuilles caduques. À l'automne, les feuilles tombent dans l'eau, se décomposent, libèrent des nutriments et nourrissent précisément les algues que vous voulez éviter. Un bouleau ou un chêne au-dessus du bassin, et vous passerez chaque novembre à pêcher des feuilles à l'épuisette. Tenez-vous à bonne distance des racines, qui peuvent par ailleurs percer une bâche au fil des ans.
Pensez aussi au terrain. Un point bas du jardin semble logique pour une mare, mais c'est un piège : après un orage, le ruissellement y emporte engrais de pelouse, terre et désherbant, et déséquilibre tout. Préférez un endroit plat ou très légèrement surélevé, où l'eau de pluie ne vient pas se déverser de partout.
Creuser avec des paliers, pas un simple trou
Une mare vivante n'a pas des bords droits comme une piscine. Elle se creuse en gradins, et chaque profondeur a son rôle. C'est là que se joue toute la richesse de votre futur écosystème.
- Une berge en pente douce sur un côté au moins : indispensable pour que grenouilles, hérissons et oiseaux entrent et sortent sans se noyer. Une mare aux parois verticales devient un piège mortel pour la petite faune.
- Un palier peu profond, entre dix et trente centimètres, pour les plantes de berge comme l'iris des marais ou la menthe aquatique.
- Une zone médiane autour de quarante à soixante centimètres pour les plantes oxygénantes.
- Une partie profonde d'au moins quatre-vingts centimètres, voire un mètre, pour que l'eau ne gèle pas entièrement en hiver et que les grenouilles puissent y passer la mauvaise saison.
Pour l'étanchéité, la bâche EPDM reste la référence. Plus chère que le PVC, elle dure facilement vingt à trente ans, supporte le gel et se répare bien. Comptez sur les enseignes comme Truffaut, Jardiland ou Botanic pour la bâche et le feutre de protection à poser dessous, qui évite que les cailloux ne la percent. Sur une petite mare de quelques mètres carrés, c'est un budget raisonnable au regard de la durée de vie.
Les plantes font tout le travail d'équilibre
Une mare sans plantes vire au vert, c'est aussi simple que cela. Les algues et les plantes supérieures se disputent les mêmes nutriments et la même lumière ; si vous voulez une eau claire, il faut donner l'avantage aux secondes. Comptez sur trois familles de plantes, chacune à sa place.
Les oxygénantes d'abord, immergées et discrètes, comme l'élodée ou le myriophylle : ce sont elles qui produisent l'oxygène et affament les algues. Mettez-en généreusement dès le départ, c'est le secret d'une eau qui reste limpide. Ensuite les flottantes, comme le nénuphar, dont les feuilles couvrent une partie de la surface et font de l'ombre à l'eau — visez environ un tiers de la surface couverte, pas plus, sinon vous étouffez la mare. Enfin les plantes de berge, iris, salicaire, populage, qui ancrent les rives et offrent un abri à la faune.
Un conseil que beaucoup négligent : n'introduisez jamais de poissons rouges dans une petite mare naturelle. Ils paraissent inoffensifs, mais ils dévorent têtards, larves de libellules et œufs d'amphibiens, et leurs déjections enrichissent l'eau jusqu'à la rendre trouble. Une mare à grenouilles et une mare à poissons sont deux projets incompatibles. Si votre but est la biodiversité, laissez la faune venir d'elle-même — elle arrivera, et plus vite que vous ne le croyez.
Remplir, patienter, et résister à l'envie d'intervenir
Remplissez de préférence à l'eau de pluie, récupérée dans une cuve. L'eau du robinet contient des nitrates et du calcaire qui favorisent les algues ; si vous n'avez que celle-là, laissez-la reposer quelques jours avant d'y mettre les plantes. Les premières semaines, l'eau peut verdir : c'est normal, le temps que les oxygénantes prennent le dessus. Ne videz surtout pas la mare pour la nettoyer, vous repartiriez de zéro.
La patience est l'ingrédient le plus difficile. Une mare met une saison complète à trouver son équilibre, et la tentation de tout corriger — ajouter un produit, changer l'eau, retirer les algues à la main — fait souvent plus de mal que de bien. Installez les bonnes plantes, donnez à la petite faune une berge pour entrer, et laissez la nature s'occuper du reste. La première libellule qui se posera au bord sera votre récompense.