La lavande de mon massif a viré au violet d'un coup, la deuxième semaine de juin. Une année, j'ai attendu trop longtemps pour la couper : les abeilles étaient déjà passées, les fleurs avaient bruni sur pied et le parfum séché tenait à peine quinze jours. Depuis, je surveille la couleur des épis plutôt que le calendrier, et fin juin tombe presque toujours au bon moment dans le quart sud-est. Plus au nord, en Bretagne ou dans l'Est, comptez plutôt mi-juillet.
Couper au bon stade : ni trop tôt, ni trop tard
Le repère qui ne trompe pas se lit sur l'épi lui-même. Coupez quand environ la moitié des fleurs sont ouvertes et que l'autre moitié est encore en bouton bleutée. À ce stade, l'huile essentielle est au plus haut dans les boutons fermés, et c'est elle qui porte l'odeur après séchage. Si tout l'épi est ouvert et que les abeilles s'y pressent, vous êtes déjà un peu tard pour un bouquet parfumé, mais c'est encore parfait pour laisser butiner et couper la semaine d'après.
Pour distinguer les deux lavandes du jardin : la lavande vraie (Lavandula angustifolia, variétés « Hidcote » ou « Munstead ») fleurit tôt, fin juin chez moi, avec un épi court et un parfum fin. Le lavandin (Lavandula x intermedia « Grosso », celui des champs de Valensole) part une à deux semaines plus tard, monte plus haut et sent plus camphré. Les deux se coupent au même stade, mais ne fleurissent pas en même temps.
Le geste et l'outil
Coupez le matin, après la rosée mais avant la grosse chaleur : les huiles sont concentrées et les épis encore fermes. Un sécateur propre, une botte d'une vingtaine de tiges tenue dans la main, et on tranche d'un coup net. Prenez les tiges longues, juste au-dessus des premières feuilles : on profite de la hampe entière pour le bouquet, et on attaque la taille de forme dans la foulée.
- Sécateur ou cisaille à fleurs bien aiguisé
- Une ficelle pour botteler tout de suite
- Un panier plat plutôt qu'un sac : les épis s'écrasent et chauffent dans un sac fermé
La taille qui garde un pied compact dix ans
C'est là que se joue la longévité du pied. La lavande déteste être taillée dans le vieux bois : si vous coupez trop bas, sur la partie grise et nue, elle ne repart pas et le trou reste pour toujours. La règle que je tiens : taillez toujours dans le vert, en laissant deux à trois centimètres de pousse de l'année au-dessus du bois ancien.
Concrètement, juste après la récolte des fleurs, je reprends le pied entier à la cisaille et je lui redonne une forme de boule bien ronde. On enlève un bon tiers du volume, jamais plus, et on s'arrête dès qu'on voit pointer le bois gris. Ce rabattage de fin juin évite que le pied ne se dégarnisse au centre et ne s'ouvre en « nid d'oiseau » au bout de trois ou quatre ans, le défaut classique des lavandes jamais taillées.
Et si le pied est déjà vieux et creux au milieu ?
Inutile de tenter une taille sévère dans le bois, elle ne repartira pas. Mieux vaut bouturer en août sur les jeunes pousses non fleuries et préparer le remplacement. Un pied de lavande bien mené tient huit à dix ans ; passé cet âge, et surtout s'il s'est ouvert en couronne, le bouturage est plus sûr que l'acharnement.
Faire sécher pour garder l'odeur jusqu'à l'hiver
Le séchage rate presque toujours pour la même raison : trop de lumière et pas assez d'air. Le soleil direct fait virer le violet au gris terne et dissipe les huiles. Suspendez les bottes têtes en bas, dans un endroit sombre, sec et bien aéré : un grenier, une remise, un couloir à l'écart de la fenêtre. Des petites bottes d'une vingtaine de tiges, pas des gros fagots serrés qui moisissent au cœur.
Comptez deux à trois semaines. Les épis sont prêts quand les tiges cassent net et que les fleurs se détachent au moindre frottement. À ce moment-là, on peut égrener au-dessus d'un saladier pour remplir des sachets, ou garder les bottes entières pour décorer. Glissés dans l'armoire, les sachets éloignent les mites et tiennent leur parfum bien plus longtemps qu'on ne le croit.
- À l'ombre complète, jamais derrière une vitre
- Petites bottes, têtes en bas
- Prêt quand la tige casse au lieu de plier
Ce qu'on fait du reste du pied après la coupe
Une lavande fraîchement taillée n'a pas besoin d'eau si elle est en pleine terre et installée depuis deux ans : ses racines plongent et la sécheresse de juillet ne l'inquiète pas. Surtout, on ne l'arrose pas le soir et on ne paille pas au pied avec un matériau qui retient l'eau, ennemi numéro un de cette plante de garrigue. Un lit de gravier ou de pouzzolane clair au pied draine, renvoie la chaleur et la garde au sec, comme dans son sud d'origine.
Le dernier épi coupé fin juin, le pied bien rond, les bottes pendues à l'ombre : il ne reste plus qu'à attendre que la maison sente la garrigue pendant trois semaines.