En juin, le tas de compost devient un problème ou une mine d'or, et c'est vous qui décidez lequel. La chaleur monte, vous y jetez chaque jour les épluchures, les premières mauvaises herbes arrachées et les tontes de gazon, et soudain l'odeur tourne, les mouches s'installent, et la masse refuse de se transformer en cette terre brune et friable que vous espériez. Pourtant, l'été est la saison où le compost travaille le plus vite — à condition de comprendre ce qui se passe à l'intérieur.
Un bon compost n'est pas une poubelle où l'on entasse les déchets en attendant un miracle. C'est un équilibre vivant entre deux familles de matières, l'eau et l'air, et la chaleur de juin accélère tout, le meilleur comme le pire. Quelques gestes simples transforment un tas qui pue en un compost qui chauffe à cœur et se décompose deux fois plus vite qu'au printemps.
Le vrai problème : trop de vert, pas assez de brun
La règle qui change tout tient en deux mots : vert et brun. Le vert, ce sont les matières azotées et humides — tontes de gazon, épluchures de légumes, mauvaises herbes fraîches. Le brun, ce sont les matières carbonées et sèches — feuilles mortes, carton brun déchiré, brindilles, paille. En juin, le jardin déborde de vert et manque cruellement de brun, et c'est exactement là que tout dérape.
Un tas trop riche en vert se tasse, manque d'air, fermente au lieu de se composter, et c'est cette fermentation qui crée l'odeur d'ammoniac et attire les mouches. La solution n'est pas compliquée : visez environ deux tiers de brun pour un tiers de vert en volume. Gardez donc un sac de feuilles mortes de l'automne dernier à côté du composteur, ou déchirez les cartons de livraison bruns — sans encre couleur ni adhésif — pour les ajouter à chaque apport de tontes.
Les tontes de gazon, le piège de l'été
La tonte fraîche est le déchet le plus traître de juin. Déposée en couche épaisse, elle forme une masse compacte et visqueuse qui empêche l'air de circuler et bloque toute la décomposition. Beaucoup de jardiniers vident la tondeuse directement sur le tas et s'étonnent ensuite que le compost sente le marais.
Faites sécher la tonte une journée au soleil avant de l'ajouter, étalée sur la pelouse ou une bâche. Une fois légèrement fanée, mélangez-la toujours avec une matière brune — une poignée de feuilles ou de carton pour chaque couche de gazon. Mieux encore, laissez une partie des tontes directement sur la pelouse en mulching : elles nourrissent le sol sur place et n'encombrent pas le composteur.
- Jamais plus de 5 cm de tonte d'un coup sans matière brune intercalée.
- Les épluchures d'agrumes et d'oignon ralentissent un peu mais ne sont pas interdites, contrairement à ce qu'on lit partout.
- Pas de viande, de poisson ni de produits laitiers — ce sont eux qui attirent les rongeurs, pas les épluchures de légumes.
- Les fleurs fanées, les fanes de radis, les cosses de petits pois : tout y va.
Eau et air : les deux gestes hebdomadaires
En pleine chaleur, un compost peut se dessécher complètement, et un compost sec ne se décompose plus du tout — les micro-organismes ont besoin d'humidité pour travailler. La bonne texture est celle d'une éponge essorée : humide au toucher, mais sans qu'une goutte ne perle quand vous serrez une poignée dans le poing. Si le tas est sec et poussiéreux, arrosez-le, idéalement avec l'eau du récupérateur, plutôt qu'avec de l'eau du robinet froide et chlorée.
Retourner le tas une fois par semaine en été fait toute la différence. Ce geste réintroduit l'air au cœur de la masse, là où la décomposition consomme l'oxygène le plus vite. Une fourche suffit : déplacez l'extérieur vers le centre et le centre vers l'extérieur. Si vous sentez la chaleur monter de l'intérieur quand vous l'ouvrez — parfois jusqu'à 60 °C —, c'est le signe que tout fonctionne et que les graines de mauvaises herbes sont en train de cuire.
Quand le récolter
Un compost démarré en début de printemps et bien entretenu peut être prêt dès la fin de l'été dans les régions chaudes du Sud, là où la chaleur de juin et juillet pousse la décomposition à son maximum. Vous le reconnaîtrez à sa couleur brun foncé, à son odeur de sous-bois — jamais aigre — et au fait que vous ne distinguez plus les déchets d'origine. Quelques brindilles non décomposées ne sont pas un problème : tamisez-les et remettez-les dans le tas suivant.
Étalez ce compost mûr au pied des tomates, des courgettes et des rosiers, sans l'enfouir profondément : les vers de terre l'incorporeront eux-mêmes au sol. Un tas qui chauffe à cœur en juin, c'est de la terre noire pour le potager en septembre.